Sept jours au Tibet, un titre qui fait rêver mais la réalité est un peu plus contrastée ! Récit d'un road trip dans cette région "autonome", le long de la route de l'amitié rythmée par les checkpoints et à travers les villes et les villages qui n'ont plus grand chose de tibétain...
Le Tibet...après avoir approché ses frontières à plusieurs reprises, depuis le Népal, l'Inde ou la Chine on se décide maintenant à finalement y rentrer.
Le 10 juillet, on est donc de retour à Katmandou bien contents de pouvoir se reposer un peu. Las, la compagnie qui nous organise notre petit voyage au Tibet nous indique que le départ est fixé au lendemain matin ! Mauvaise compréhension ou date qui les arrange ? Bref...
À 9h00 le 11 juillet nous voilà donc dans une première jeep avec guide et chauffeur pour nous conduire jusqu'à la frontière. Il fait un temps de chien et une lourde pluie s'abat sur la ville. Le guide nous demande si on n'a rien de susceptible pouvant froisser les autorités chinoises (drapeau du Tibet, photo du Dalaï Lama et même le guide du Lonely Planet).
Nous arrivons à Tatopani, dernière ville du Népal où on remonte à pieds une longue rue animée jusqu'au poste de frontière. De là, changement d'ambiance radical avec les militaires chinois qu'on croirait en tenue de combat disposés le long du "pont de l'amitié" qui marque la frontière. Passage de douane rapide,on a du bol d'éviter la fouille complète. Le fait est qu'il y a énormément de touristes indiens qui vont faire un périple jusqu'au mont Kailash, un mont sacré pour les bouddhistes et les Hindous, et les douaniers ont un peu la flemme.
On rencontre notre guide et notre chauffeur tibétains et on embarque dans la vieille Toyota Land Cruiser pour quelques kilomètres jusqu'à Zhangmu, première vielle Tibeto-Chinoise, je sais pas trop comment on va dire. La ville chinoise, avec ses immeubles recouverts d'un espèce de carrelage blanc/jaune, ses nombreux bâtiments administratifs, sa frénésie. On mange le temps que Doup La, notre guide, finalise les papiers d'entrée dans le pays. On quitte la ville par des routes sinueuses mais en parfait état qui longent des gorges magnifiques, humides, avec des nuages qui s'accrochent aux cimes des arbres dignes de peintures traditionnelles chinoises. On fait halte pour la nuit à Nyamal, une ville peu engageante constituée d'une longue rue principale poussiéreuse et froide.
Le lendemain, 12 juillet, vrai départ du périple le long de cette "route de l'amitié" qui nous conduira jusqu'à Lhassa. Pour les touristes comme nous, il y a assez peu d'options pour visiter le Tibet. La première condition est d'organiser à l'avance ce voyage via une agence qui vous trouvera un guide et un chauffeur. C'est obligatoire. On est pas trop mal tombés avec Doup La et Jian qui font une belle paire à se chamailler gentiment en permanence. Ils sont très différents mais se complètent très bien avec le petit guide très cultivé et aux petits soins permanents et le grand chauffeur un peu bougon qui chante et qui râle envers les autres conducteurs.
Avec votre guide et votre chauffeur, les options de trajet sont assez minces avec principalement cette fameuse route de l'amitié entre Katamandou et Lhassa et la route jusqu'au mont Kailash qui est fermée cette année aux touristes étrangers autres qu'indiens.
Pour nous c'est donc la route de l'amitié qui traverse les hauts plateaux tibétains, à une altitude moyenne de 4000 mètres. Les paysages sont grandioses, on n'est plus dans des vallées et des gorges mais sur un vaste, très vaste plateau à partir duquel ememergent des montagnes, coulent des rivières et reposent des lacs d'altitude. Le temps est généralement couvert en juillet et on ne dérogera pas à la règle malgré quelques beaux moments ensoleillés.
Malgré la présence chinoise de plus en plus forte, la culture tibétaine persiste tant bien que mal avec notamment les magnifiques tenues et coiffures des habitants que l'on croise régulièrent en route sur leurs motos où dans les villages.
Pour ce premier jour, on passe quelques cols dont le Tong La à plus de 5000 mètres. L'occasion de lancer quelques drapeaux de prière pour se souhaiter bonne chance pour la suite de la route.
On s'arrête au village de Tingri, encore constitué d'une rue unique au style de moins en moins tibétain. On loge dans un espace de motel avec un resto douillet qui a l'air d'être un vrai lieu de rendez-vous des villageois. La balade dans le village est assez limitée dans la mesure où on n'a pas le droit d'aller ailleurs que dans la rue principale. Ambiance assez étrange.
Nous nous dirigeons vers le camp de base n°1 de l'Everest, la plus haute montagne du monde, of course, appelée Qomolangma en tibétain. C'est là que s'acclimatent les alpinistes avant de rejoindre les autres camps de bases, autant d'étapes avant de prétendre au sommet.
On traverse de vastes étendues parsemées de quelques tentes de bergers avec leurs troupeaux de yaks.
Notre destination est constituée de trois étapes : le Rongpu Gompa (monastère le plus haut du monde à plus de 5200 mètres), les tentes touristiques hôtel/resto qui sont littéralement bondées de touristes chinois en cette saison et le fameux camp de base des alpinistes, plus haut encore, qui lui est complément désert (ce n'est pas la saison et en plus bon nombre de Sherpas sont en grève ce qui annule la majorité des expéditions).
L'Everest se dévoilera à nous pendant quelques minutes seulement, une petite parenthèse où les nuages s'écarteront (un peu) le temps de réaliser que cette montagne est juste là devant nous, elle paraît alors si proche.
On reste un moment au camp de base en lui même devant cette étendue grise et vide où trônent normalement bon nombre de tentes aux couleurs criardes qui abritent les alpinistes en passe de rejoindre les camps plus élevés.
Se produit alors une scène assez surréaliste. Deux touristes chinois une multitude de photos devant une stèle indiquant le nom du camp et son altitude. Ils se shootent sous tous les angles et grimpent sur la stèle. En quelques minutes, un imposant camion 4x4 militaire débarque en toute trombe et un soldat débarque furieux en confisquant les drapeaux qu'agitaient les touristes. Ces derniers sont sermonés pour être montés sur la stèle. Il y a donc des caméras qui filment tout ça en permanence. Et bien les 2 touristes seront "punis" en devant rester au garde à vous un grand moment devant cette stèle. Tragique ou comique ? Le guide nous racontera d'autres scènes de ce type. Ce lieu est très surveillé car il est notamment la scène de manifestations anti présence chinoise au Tibet.
Sur le retour on fait halte au monastère avc des explications tres intéressantes de notre guide.
On rejoint ensuite la ville de Sakya, un peu à l'écart de la route, pour y passer la nuit, se balader dans ses rues et visiter son magnifique monastère.
Sur la route, comme d'habitude, bon nombre de checkpoints en tout genre avec des policiers qui jettent mollement un coup d'œil dans la voiture, qui notent nos noms et heures de passage.
Aujourd'hui c'est aussi l'anniversaire d'Etienne que l'on aura au téléphone, justement pendant le passage d'un checkpoint. Il a eu pleins de cadeaux bien sûr et notamment un voyage au Japon où il espérait tant aller. Et en plus on emmène Mamie ! On se retrouve donc tous là bas en août !
À Dakya, l'hôtel est plutôt confortable et on peut y prendre une douche chaude. Cette nuit c'est la finale de la coupe du monde, un petit SMS à Ludo live from Biarritz dans la nuit me permettra de connaître le score qui confirme la vieille définition du foot qui se joue à 11 et à la fin...
Le lendemain, 14 juillet, on commence la journée par une promenade dans le vieux Sakya.
De tout notre voyage au Tibet, ce sera le seul endroit qui nous paraîtra relativement préservé des influences chinoises bien que la ville moderne soit juste de l'autre côté de la route avec certainement des plan pour continuer à avancer. On en profite donc pendant qu'il est encore temps (car ça peut aller très vite !). Sur les flancs de la colline, les locaux font le "Kora", une tradition bouddhiste qui consiste à suivre un chemin faisant une boucle autour des monastères et Stupas du coin. On fait ça bien sûr dans le sens des aiguilles d'une montre, toujours. On passe notamment dans le tout premier monastère de la ville, construit bien avant l'imposant monastère de Sakya que l'on visitera plus tard. Pour l'heure on savoure enfin ces ambiances du Tibet, celles que l'on était venu chercher. Les villageois et les pèlerins sont magnifiques avec leurs tenues et leurs coiffures parées de différentes pierres de couleur. Dans un autre monastère, c'est la Puja qui commence avec des dizaines de moines qui montent le large escalier pour se rendre sur leurs bancs et commencer les chants.
On se rend ensuite dans le monastère principal de Sakya, lieu de pèlerinage important dans le pays. Grâce aux explications de Doup La et à la ferveur des pèlerins, la visite est passionnante et on apprend beaucoup sur les fondamentaux du bouddhisme.
On déambule dans les nombreux temples, bibliothèques et pièces sombres abritant leurs légendes. Les "escaliers de la vie" sont un lieu fort pour tout le monde, il s'agit de les grimper sans respirer pour s'assurer une longue existence. C'est ok pour moi mais Sigrid a du soucis à se faire ! Pour combler ça, on achète un porte bonheur aux couleurs de la ville que l'on accroche à notre petit sac. Ça devrait largement compenser.
L'après-midi, on se rend à Shigatse, plus loin sur la route de l'amitié. Autre lieu important de pèlerinage, la ville abrite le monastère de Tashilhunpo.
C'est un vaste ensemble de temples et de petites maisons qui constitue un véritable petit village aux rues pavées. Là aussi il y a beaucoup de monde, notamment autour d'un ensemble de Stupas où l'on se presse pour tourner autour.
Les explications de Doup La sont toujours intéressantes, et parfois en prenant une voix basse et en s'isolant un peu il nous donne des détails moins glorieux sur l'absence de photo du 14ème Dalaï Lama et sur le contrôle du gouvernement chinois sur ces lieux de pèlerinage.
On passe d'un temple à un autre et on laisse note guide pour se promener tranquillement dans les petites rues à observer l'animation.
Plus tard on va faire un tour dans la "vieille ville" qui n'a plus du tout l'ambiance de ce qu'on avait vu à Sakya. Ici comme dans beaucoup d'endroit, on a l'impression que c'est définitivement fini en ce qui concerne la culture tibétaine. Reste ces vastes monastères passionnants mais complètement contrôlés, destinations touristiques aux revenus confortables.
Le 15 juillet, on embarque avec nos deux joyeux acolytes pour la ville de Gyantse. Même ville désormais chinoise avec son petit quartier qui tente de conserver le nom de "vieille ville" qui est en ce moment en grands travaux.
Le vaste monastère de Pelkhor Chöde est un peu plus tristounet car il attire aujourd'hui très peu de pèlerins et le temps est très gris.
Il abrite un imposant Chörten de plusieurs étages abritant des dizaines de petits temples. Ce monastère a été le théâtre de violences entre différents clans du Tibet dirigés par des rois, à une époque où les moines bouddhistes étaient disposés à se battre. Beaucoup de constructions ont été détruites, ce qui amplifie cette impression de lieu un peu triste par rapport à ce qu'on a pu voir par ailleurs.
Le 16 juillet, direction Lhassa, notre dernière étape du voyage où on restera quelques jours. La route aujourd'hui, malgré le temps nuageux, est très belle. Nous traversons des décors montagneux ponctués de glaciers et de lacs.
Passé un dernier col, la route redescend sous un temps plus clément vers la vaste vallée où se niche Lhassa la capitale du Tibet. De ce côté, les voitures se font plus luxueuses, signe que l'on approche d'une grande ville à la modernité toute chinoise. Des grands immeubles, des quartiers entiers en construction, des lignes de chemin de fer, des avions dans le ciel...on arrive. Premier aperçu du Potala au loin et on s'engouffre dans les larges avenues bondées de voitures, bus et taxis bleus et blancs.
On nous dépose à notre hôtel qui se situe dans le quartier musulman. Cette ville nous fait penser à Kashgar dans le Xinjiang où on était passé l'an dernier. Même niveau de développement, c'est à dire une ville plutôt moderne où subsistent encore quelques petits quartiers avec ses marchés de rue, avec des magasins qui s'approchent de ce que l'on peut trouver dans les pays occidentaux mais avec une présence encore timide des grandes marques internationales. Un repère : pas encore de Mc Do mais une chaîne de fast food locale (Dico's) qui doit être observée par le géant du burger avant de décider de s'installer ici.
Le plan de Lhassa promet une "vieille ville" dans laquelle il est bon de déambuler selon le Lonely Planet mais il s'agit bien sûr d'un quartier, à l'architecture certes préservée, qui est une vaste galerie marchande et le lieu de balade touristique pour les milliers de visiteurs chinois. Très peu de touristes occidentaux bizarrement. Mais la ferveur reste cependant très présente avec un Kora largement emprunté par les pèlerins autour du temple de Jokhang qui se situe dans ce quartier.
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| This is Lhassa |
À notre habitude, on sillonne largement la ville et on se rend au fabuleux Potala qui impressionne malgré son air familier à force de l'avoir vu en photo et dans les reportages. Il est comme un îlot préservé au milieu d'une ville 100% chinoise. Devant lui, une vaste avenue multi-voies et une grande place où trônent des monuments et des drapeaux chinois avec des militaires armés en poste au garde à vous. Le soir des spectacles de jet d'eau viennent animer la place sous de la musique pas vraiment tibétaine.
C'est le lendemain matin, 17 juillet, que l'on visite le Potala.
Aspects pratiques : on visite ce monument sur réservation qui donne une heure d'entrée très précise. 9h40 pour nous. On a une heure pour suivre le circuit et tout dépassement peut donner lieu à une amende pour notre guide. Une fois lancés, on est pris dans la foule dense et compacte, comme dans un flux continu sans début ni fin. Les commentaires des différents guides se mêlent entre eux dans un joyeux bordel, on est bousculés par les pèlerins qui viennent véritablement prier et faire de multiples offrandes le long du parcours.
L'histoire du bâtiment est passionnante et donne encore envie d'apprendre plus sur le bouddhisme et ses acteurs dans le temps.
On ne visite bien sûr qu'une toute petite partie du Potala, la partie en rouge qui le domine.
L'après midi, on continue notre circuit très touristique par la visite du Jokhang, ce temple autour duquel le Kora rassemble une vaste foule en permanence. Sur la grande place qui lui fait face, on remarque la présence d'une police très particulière armée...d'extincteurs. La façon pour les autorités chinoises de réagir au plus vite en cas d'immolation de moines dans leur geste désespéré de protestation contre ce que l'actuel Dalaï Lama a appelé un "génocide culturel".
Le Jokhang est lui aussi animé avec visiteurs et pèlerins qui se pressent dans les différentes salles. Une petite pluie fine nous accompagne lors de notre sortie sur les toits de l'édifice.
Le 18 juillet, dernier jour à Lhassa avec deux visites de monastères au programme. Au final on en aura beaucoup vu, heureusement que les explications de notre guide sont là pour animer tout ça !
Le matin c'est le monastère de Drepung, surnommé le tas de riz à cause de ses nombreuses maisons blanches regroupées sur le flanc d'une colline. Il est en rénovation avec de nombreux engins qui viennent défoncer les petites rues existantes. Qu'en pensent les moines ? Ici d'ailleurs on ne retrouve pas beaucoup de pèlerins, surtout des touristes.
L'après-midi, c'est la visite du monastère de Sera. Peut être une petite overdose de visite ces derniers jours, pour nous comme pour le guide. On parcourt rapidement les salles et les ruelles sous un soleil de plomb. On en profite quand même pour recevoir de la part d'un moine un classique ici : un peu de noir tout à fait saillant sur le bout du nez, ce qui devrait nous aider à bien dormir, c'est le but.
Le soir, quelques courses en vue de notre long périple à venir (2 jours de train jusqu'à Shanghai !) et quelques brochettes sur les stands du marché de nuit musulman qui fait face à notre hôtel.
Notre voyage au Tibet se termine ainsi. On savait ce que l'on avait trouver mais la présence de la culture chinoise est encore plus forte que ce qu'on pensait et tout montre qu'elle est encore en train d'accélérer. Comme dans tout le reste de la Chine, il y a des travaux absolument partout et les routes, avions et trains amènent chaque jour de nouveaux habitants dans cette région. Sur le parcours que nous avons pu faire, la culture tibétaine semble réduite à des petites poches préservées à des fins de tourisme. C'est peut être différent dans le reste de cette région, celle qu'on n'a pas le droit de visiter. Mais si c'est le cas, la seule question est de savoir pour combien de temps encore.
Nous rejoignons maintenant le côté le plus moderne de la Chine. Deux jours de train jusqu'à Shanghai et sa folie urbaine. On a un bon paquet de Snickers, le reste de Whisky et quatre épisodes de "House of Cards" pour passer le temps.
La suite au prochain épisode ! Tashi Delek !

































Vous me croyez si je vous dis que juste après avoir terminé la lecture de votre post dans le RER B, j'ai croisé sur le quai de la station Cité Universitaire un moine bouddhiste ?!?
RépondreSupprimerBig bisous les amis...
I miss you !!!!